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Isabelle Druet et Marc Mauillon : deux voix pour dire la plainte amoureuse du XVIIe siècle italien.
L’Opéra Comique est un théâtre particulièrement vivant qui, outre les représentations de grands ouvrages lyriques, propose, sous le titre « Rumeurs », des rendez-vous plus brefs, plus intimes, plus inattendus. C’est ainsi qu’a eu lieu, à la faveur des représentations de l’Egisto de Cavalli, ce récital réunissant deux voix, celle de la mezzo Isabelle Druet et celle du baryton Marc Mauillon, dans le foyer de l’Opéra Comique. Un récital pour quelques dizaines d’auditeurs situés à quelques mètres des chanteurs : l’expression et l’émotion à fleur de peau, en somme, car chacun sait, depuis Berlioz, qu’« il faut vibrer soi-même avec les instruments et les voix, et par eux, pour percevoir de véritables sensations musicales ». Idéales sur ce point, donc, les conditions d’exécution de ce récital.
Isabelle Druet et Marc Mauillon avaient choisi des pages de compositeurs italiens de la fin du XVIe et du XVIIe siècle ayant fait les grandes heures de la musique à Venise (Cavalli), à Florence (Francesca et Giulio Caccini), à Mantoue (Monteverdi) et ailleurs (Merula, Ferrari, Barbara Strozzi). Accompagnés par Angélique Mauillon à la harpe et François Guerrier au clavecin, ils nous ont offert des pages essentiellement pénétrées de mélancolie, avant tout amoureuse, comme cette plainte sublime de Barbara Strozzi, « Lagrime mie, a che vi trattenete ». Avec également quelques aimables morceaux à deux voix (« Io mi distruggo, et ardo » de Francesca Caccini) qui apportent des moments d’éclaircie dans ce programme d’élégies et de déplorations.
La proximité du public et des chanteurs permet à ceux-ci, tout souci de se faire entendre évacué, de se concentrer sur l’expression et sur les nuances de la poésie et de la musique. Le monologue d’Ulysse, « Dormo ancora, o son desto », pris dans le premier acte du Retour d’Ulysse dans sa patrie de Monteverdi, prend ainsi un relief saisissant dans la bouche de Marc Mauillon, cependant qu’Isabelle Druet bouleverse dans cette stupéfiante berceuse à l’enfant Jésus, « Hor ch’e tempo di dormire » de Tarquinio Merula, où avec une véhémence croissante la chanteuse évoque la couronne d’épines et la lance qui scelleront le destin de son enfant.
L’opéra est né dans les cours de l’Italie du nord à la toute fin du XVIe siècle et au tout début du XVIIe siècle avec les Euridice de Caccini et de Peri, la Dafne du même Peri et bien sûr l’Orfeo de Monteverdi. Mais outre l’invention d’une forme, il s’agissait là également d’un souci nouveau de dire les passions et de faire se rencontrer la musique et l’expression des sentiments. Les pages réunies lors de ce récital, qui pour certaines avaient tout de la scène dramatique, ne rappelaient pas autre chose : qu’un certain type de recitar cantando, qui fait s’enrouler le chant autour des mots et des intentions, ne peut se réduire à l’illustration d’un schéma musical donné a priori. Ou comment s’épancher au-delà de toute forme close et faire évoluer de pair le verbe et la musique.
photo : Isabelle Druet (dr)
Francesca et Giulio Caccini, Cavalli, Monteverdi, Merula, Strozzi, Ferrari : récital d’Isabelle Druet et de Marc Mauillon. Avec Angélique Mauillon, harpe, et François Guerrier, clavecin. Opéra Comique, vendredi 3 février (ce récital est redonné le jeudi 9 février à 13h).
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Le mardi 7 février 2012
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