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Les sinueuses pensées du marcheur
Après une passionnante réalisation de Mademoiselle Julie de August Strindberg l’an dernier, abordée sous le titre Christine du point de vue de la cuisinière et fiancée de Jean et témoin de sa liaison avec Julie, la metteuse en scène britannique Katie Mitchell revient avec cette adaptation de l’œuvre majeure de l’écrivain allemand W. G. Sebald (1944-200I). Exilé en Grande-Bretagne à partir des années 1970, son roman résulte d’une expédition pédestre solitaire à travers la région du Suffolk sur la côte Est de l’Angleterre en 1992, durant laquelle, au fil de ses confrontations avec des paysages désolés, des villages en ruines ou des friches industrielles au bord de la mer du Nord, il évoque le passé mit en perspective avec la réalité rencontrée. Cela suscite un retour sur les conflits dévastateurs passés, du XVIIe siècle à la Seconde Guerre mondiale, pour amorcer une réflexion et des digressions issues de la mémoire et de l’imaginaire, à travers un récit sinueux à mi-chemin entre un journal personnel et une analyse de l’évolution de notre civilisation. La prophétie d’une catastrophe planétaire à venir est placée sous le titre métaphorique des anneaux inscrits dans le système solaire et constitués de nombreuses particules glaciaires observées pour la première fois par Galilée au XVIIe siècle. Un roman inclassable dont la transposition à la scène tient de la gageure, dans laquelle Katie Mitchell s’est lancée après ses adaptations scéniques des Vagues de Virginia Wolf ou de La recherche du temps perdu de Marcel Proust.

Elle introduit la représentation à partir du séjour à l’hôpital de Sebald consécutif à son voyage harassant, en alternant les captations vidéos de Finn Ross cadrant le comédien interprète de l’écrivain, avec les projections de séquences en noir et blanc du film du réalisateur anglais Grant Gee, Patience, qui retrace le parcours de l’écrivain allemand sur les côtes anglaises. Images volontairement maculées comme datées dans le temps, retraçant les rencontres du marcheur ayant suscité ses pensées mélancoliques face à un monde en désintégration. Dans un espace qui s’apparente à une usine désaffectée - dont Sebald fait écho dans son livre - ouvrant en intermittence à travers une porte coulissante sur une chambre de d’hôpital, des installations et micros sont utilisés pour la lecture par les comédiens d’extraits de texte du récit. Mais surtout pour une illustration sonore pratiquée en direct avec des accessoires des différents éléments naturels rencontrés lors de son périple (variations des pas sur le sable, frémissement de l’eau ou de la végétation… etc ). On a ainsi l’impression de pénétrer dans un studio de cinéma du début du siècle dernier. Avec cette radicalité d’option, par ailleurs techniquement parfaitement maîtrisée par Katie Mitchell et ses complices, il est difficile de se laisser emporter dans la spirale littéraire finement ciselée par Sebald, dont le surtitrage en français donne pourtant un aperçu de la profondeur vertigineuse de son “immersion du monde dans les ténèbres”.
Le livre de W. G. Sebald est publié aux Editions Actes Sud dans une traduction de Bernard Kreiss.
© Raynaud de Lage – Festival d’Avignon Die Ringe des Saturn (Les Anneaux de Saturne), d’après le roman de W.G. Sebald, adaptation et mise en scène Katie Mitchell, avec Nicolaus Benda, Ruth Marie Kröger, Julia Wieninger, Juro Mikus, James Longford (piano) Ruth Sullivan (bruitage). Scénographie et costumes Lizzie Clachan, film Grant Gee, vidéo Finn Ross, musique Paul Clark, lumière Ulrik Gad. En langue allemande surtitrée. Durée 1 h 45.
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Le dimanche 29 juillet 2012
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