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Une femme étrange
Harper c’est un drôle de prénom pour une femme, cette bizarrerie aurait dû nous alerter au-delà des apparences de parfaites normalités de cette famille qui part en vrille de l’intérieur sans que rien ne bouge à l’extérieur, ou presque. Il faut dire que d’emblée les choses n’augurent rien de bon. Pour se rendre au chevet de son père mourant, Harper Regan est venue demander un congé à son patron et celui-ci, sans états d’âme aucun, le lui refuse tout bonnement. Choquée par tant d’indifférence, Harper, comme dans un état second, brave l’interdiction mais elle arrive trop tard. Elle passe une nuit surréaliste, dans un bar avec un journaliste alcoolique et drogué, puis dans un hôtel avec un homme d’affaires qui la prend d’abord pour une call girl, pour finalement se retrouver face à sa mère avec qui elle est fâchée depuis 2 ans parce qu’elle a prêté foi aux accusations de pédophilie qui pesait sur le mari de sa fille (Louis-Do de Lencquesaing), accusation qui l’a conduit au chômage… descente aux enfers en douceur mais le vertige est assuré. Et encore on ne dit rien de la jeune ado en pleine crise (excellente Alice Lencquesaing) ni de l’étrange jeune homme du pont (Pierre Mourre, très attachant) ni du beau-père indigeste (étonnant Gérard Desarthe qui est aussi le patron odieux et l’homme de l’hôtel).

Dans cette chronique familiale et sociale très aboutie, le jeune Simon Stephens ne fait pas dans l’analyse des sentiments, aucune explication, juste une juxtaposition de situations, un enchaînement d’actions déroulant le fil implacable des destinées de personnages qui apparaissent comme soumis à une fatalité même pas supérieure. On salue le talent des acteurs avec une mention particulière pour Marina Foïs qui démontre une fois de plus la force de sa personnalité. Impénétrable, le regard comme tourné vers l’intérieur, elle vit dans une solitude abyssale, dans une attitude presque mutique et tout à coup explose et se lance dans l’action comme malgré elle, mue par un instinct étrange. Elle exprime des émotions intérieures fortes dans un jeu minimaliste. Lukas Hemleb a dirigé les comédiens avec intelligence et précision et sa mise en scène combine habilement onirisme et réalisme. Il a été moins heureux sur le plan de la scénographie dont le dispositif à l’esthétique volontairement déglinguée alourdit inutilement un spectacle par ailleurs un peu trop lentement conduit. Subtil, désespérant et souvent drôle, on sent une véritable empathie de l’auteur pour ses personnages groggys par trop de mauvais coups encaissés.
Harper Regan de Simon Stephens, traduction Dominique Hollier, mise en scène Lukas Hemleb, avec Caroline Chaniolleau, Gérard Desarthe, Marina Foïs, Alice de Lencquesaing, Louis-Do de Lencquesaing, Pierre Moure ; décor Csaba Antal, costumes Gerhard Gollnhofer, lumières Lukas Hemleb, Csaba Antal, son Jean-Louis Imbert. Au théâtre du Rond-point du 19 janvier au 19 février, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h. Tel : 01 44 95 98 21. Durée : 2 heures.
Du 22 au 26 février à Montpellier au Théâtre des Treize Vents — le 1er mars 2011 à Colombes au Théâtre L’Avant-Seine — les 8 et 9 mars 2011 à Châlons-en-Champagne Scène Nationale La Comète — le 11 mars 2011 à Valenciennes Scène Nationale Le Phénix — les 14 et 15 mars 2011 Maison de la Culture de Bourges — les 17 et 18 mars 2011 à Montluçon au Centre Dramatique National Le Festin — les 29 et 30 mars 2011 au Havre Scène Nationale Le Volcan.
Photos DR
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Le mercredi 26 janvier 2011
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