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En toute simplicité
Dans le cadre de son Festival Mozart le Théâtre des Champs Elysées remet à l’affiche une production de Cosi fan tutte signée en novembre 2008 par le sociétaire de la Comédie Française Eric Génovèse. « A voir sans chichis » titrait-on à l’époque (voir WT du 20 novembre 2008). Quatre ans plus tard l’impression concernant la mise en scène et les décors reste inchangée.

On retrouve cette sensation de travail d’élève appliqué. Selon les humeurs et les attentes, on pourra y voir une forme d’honnêteté, de peur, voire d’impuissance à l’égard du plus complexe des opéras de maturité de Mozart, le dernier de sa trilogie avec Da Ponte, né après Don Giovanni et Nozze di Figaro. Le plus ambigu des trois, mis à l’index durant tout le 19ème siècle pour cause d’amoralité. C’est dire si, dans ses jeux de marivaudage et libertinage sur fond de désir, on peut imaginer des partis pris, des points vue, bref quelque chose de personnel. Certains y ont réussi comme David McVicar à Strasbourg (WT du 14 décembre 2005), d’autres s’y sont cassé les dents, même le grand Patrice Chéreau (WT du 19 septembre 2005).
Sans risque
Génovèse ne prend aucun risque. Il raconte l’histoire, n’impose aucun point de vue, dirige ses interprètes en bon père de famille pourrait-on dire, leur évitant tout excès. Le décor de Jacques Gabel continue de dresser ses parois mobiles aux pastels bleu layette, l’arbre unique penche toujours ses branches à la façon d’une ombre chinoise. C’est joli, sans faute de goût. Les costumes sont eu aussi restés jolis, un peu pâlichons, sans grand relief..

Pour la distribution et l’orchestre les changements ont été radicaux. Parmi les chanteurs un seul du premier cru est encore en piste et l’on ne s’en plaindra pas : Pietro Spagnoli retrouve avec un plaisir accru par une sorte de mûrissement cette canaille de Don Alfonso, l’homme des paris stupides, le manipulateur des sentiments et des élans du corps, ce cynique qui décrète que l’infidélité est le propre des femmes, puisqu’elles le font toutes ainsi que l’annonce le titre. Belle allure d’aristo finaud, superbe parler italien et voix de baryton en parfait confort.
Toute de fraîcheur, la soprano suédoise Camilla Tilling réussit à faire fuser en grâce les vocalises de ses grands airs, comme le très attendu « Come scoglio ». La Dorabella de Michèle Losier, mezzo canadienne au charme fruité, allie un chant velouté à un jeu de chatte. Claire Debono, qui vient de Malte, avait déjà chanté l’espiègle et rusée Despina mais en version de concert, elle le reprend scéniquement avec aplomb et fantaisie. Les deux hommes, les deux amoureux, sont plus inégaux. Si le baryton autrichien Markus Werba tient bien la route en Guglielmo, sa voix bien projetée manque cependant de nuances, tout comme son jeu manque de relief. Bernard Richter qui fut le fabuleux Atys de Lully à l’Opéra Comique et à Versailles (voir WT des 17 mai et 22 juillet 2011) ne trouve pas en Ferrando les dimensions qu’on pouvait attendre de lui. Un rien empoté, par moment presque tonitruant, il semble à la recherche de son Mozart, sans le trouver à cent pour cent.
Spinosi et son Ensemble Matheus avaient déçu. Jérémie Rohrer et son Cercle de l’Harmonie prennent la relève avec infiniment plus d’heureuse conviction et de bonheur. Même s’il lui manque encore un zeste de légèreté, une façon de rendre aériennes les situations les plus terre à terre propre au génie de Mozart, il le laisse s’épanouir en grâce, lui insuffle quand il le faut quelques ondes électrisées par l’émotion.
Reste un joli spectacle pour tout public.
Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Don Ponto. Orchestre du Cercle de l’Harmonie, direction Jérémie Rohrer, chœur du Théâtre des Champs Elysées, direction Alexandre Puquion, mise en scène Eric Génovèse, décors Jacques Gabel, costumes Luisa Spinatelli, lumières Olivier Tessier. Avec Camilla Tilling, Michèle Losier, Claire Debono, Bernard Richter, Markus Werba, Pietro Spagnoli .
Théâtre des Champs Elysées, les 22, 24, 26, 29 & 30 mai 2012
01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr
Photos Patrick Messina
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Le samedi 26 mai 2012
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